Un médecin libéral qui gagne 150 000 € par an aujourd'hui touchera entre 1 800 et 2 500 € nets par mois de la CARMF à la retraite. C'est un choc de revenus de plus de 80%. Et les solutions qu'on vous propose pour le combler sont souvent soit inadaptées à votre statut, soit incompatibles avec vos valeurs. Voici la réalité des chiffres — et ce qu'il est possible de faire.
La CARMF — Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France — est le régime obligatoire de retraite des médecins libéraux. Elle est composée de trois étages : le régime de base (RB), le régime complémentaire (RC), et l'ASV (Avantage Supplémentaire Vieillesse) pour les médecins conventionnés.
Voici ce que la CARMF verse réellement, selon les données publiées par la caisse elle-même :
Source : CARMF, rapports annuels 2022-2023. Montants nets avant impôt sur le revenu. L'ASV n'est versée qu'aux médecins conventionnés secteur 1 et 2 avec option de coordination.
Total moyen toutes sources confondues : entre 1 800 et 2 200 € nets par mois pour un médecin ayant cotisé toute sa carrière.
Pour comprendre pourquoi la pension est si faible par rapport aux revenus actifs, il faut comprendre la mécanique du système.
La CARMF fonctionne par répartition : les cotisations des médecins actifs paient les pensions des médecins retraités. Ce système est équitable en période de croissance démographique médicale. Il devient fragile quand le ratio actifs/retraités se détériore.
Or ce ratio se dégrade. En 2010, il y avait environ 3 médecins actifs pour 1 retraité. Aujourd'hui, ce ratio est proche de 2 pour 1. Les projections à 2035-2040 sont sous pression.
Les cotisations CARMF sont calculées sur la base de la BNC (Bénéfice Non Commercial), mais avec des plafonds. Au-delà d'un certain niveau de revenus, cotiser davantage ne génère pas de droits supplémentaires proportionnels. C'est l'une des raisons pour lesquelles le taux de remplacement (ratio pension/revenu d'activité) s'effondre avec l'augmentation des revenus.
| Revenu net d'activité | Pension CARMF estimée | Taux de remplacement | Déficit mensuel |
|---|---|---|---|
| 5 000 €/mois | ~1 600 €/mois | ~32% | 3 400 €/mois |
| 8 000 €/mois | ~1 900 €/mois | ~24% | 6 100 €/mois |
| 12 000 €/mois | ~2 200 €/mois | ~18% | 9 800 €/mois |
| 15 000 €/mois | ~2 400 €/mois | ~16% | 12 600 €/mois |
Estimations basées sur une carrière complète (40 ans de cotisation), départ à 67 ans, secteur 2. Les montants réels dépendent du statut, du secteur de conventionnement, des options souscrites et de l'évolution de la valeur du point CARMF.
« J'avais toujours pensé que la CARMF allait m'assurer une retraite correcte. Quand j'ai vu les chiffres réels lors de notre première consultation, j'ai compris que j'avais 15 ans de retard sur ma planification. »
Avant de parler solutions, il faut connaître précisément votre situation. Voici la méthode de calcul en trois étapes.
La CARMF vous envoie chaque année un relevé de points. Vous pouvez aussi consulter votre espace personnel sur carmf.fr. Le simulateur de la caisse donne une estimation brute selon votre âge de départ prévu.
Point important : la valeur du point CARMF n'est pas garantie. Elle évolue chaque année en fonction de la situation financière de la caisse. Les simulations actuelles sont des projections, pas des certitudes.
C'est la question que la plupart des gens évitent parce qu'elle oblige à se projeter. Posez-vous cette question : quel niveau de vie souhaitez-vous maintenir à la retraite ?
La règle courante en gestion de patrimoine est de viser 70 à 80% du revenu net d'activité. Pour un médecin, ce ratio peut être plus élevé si vous anticipez des dépenses de santé, des voyages, ou si vous souhaitez maintenir votre train de vie actuel.
Une fois le déficit mensuel identifié (revenu cible − pension CARMF), on calcule le capital nécessaire pour générer ce revenu de façon pérenne.
Ces chiffres semblent élevés. Mais avec 20 à 25 ans d'épargne régulière et des rendements raisonnables, ils sont tout à fait accessibles pour un médecin libéral qui commence à planifier à 40-45 ans. Le problème, c'est l'inaction — chaque année perdue est exponentiellement coûteuse.
Quand un médecin commence à se préoccuper de sa retraite, les solutions qu'on lui propose spontanément sont les suivantes. Voyons ce qu'elles valent du point de vue islamique.
| Solution classique | Problème islamique | Verdict |
|---|---|---|
| Assurance vie classique Fonds euros + UC non filtrées |
Fonds euros = riba structurel. UC non filtrées = secteurs haram | ❌ Haram |
| PER classique Plan Épargne Retraite bancaire |
Investissement par défaut en fonds obligataires (riba) ou fonds actions non filtrés | ❌ Haram (en général) |
| SCPI classique Immobilier papier |
Certaines SCPI financent leurs acquisitions par crédit à intérêt (dette > 33%) | ⚠️ Variable selon SCPI |
| Investissement locatif avec crédit | Crédit immobilier = riba. Financement haram même si l'actif (immeuble) est halal | ❌ Haram |
| Contrat Madelin (ancien régime) |
Investissements par défaut non filtrés islamiquement | ⚠️ À analyser |
Le constat est brutal : la quasi-totalité des solutions de retraite proposées par les banques et assureurs classiques sont incompatibles avec la Sharia dans leur forme standard. Ce n'est pas une fatalité — des alternatives existent. Mais elles nécessitent un accompagnement spécialisé.
Voici les outils réellement disponibles pour un médecin libéral musulman qui veut préparer sa retraite sans compromettre ses valeurs.
Le PER est l'outil fiscal le plus puissant disponible pour les médecins libéraux en BNC. Les versements sont déductibles du bénéfice imposable, dans la limite de 10% du bénéfice net, avec un plafond annuel de 85 780 € en 2024.
Pour un médecin à 200 000 € de BNC : un versement de 20 000 € sur son PER lui économise environ 9 000 à 10 000 € d'impôts dans l'année (selon sa tranche marginale).
La version halal du PER existe depuis 2023. Elle se structure ainsi :
On en a parlé dans notre article précédent. Pour la retraite, l'assurance vie islamique présente un avantage fiscal distinct du PER : les retraits après 8 ans bénéficient d'un abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) et d'une fiscalité réduite sur les plus-values.
La complémentarité PER + assurance vie islamique permet d'optimiser à la fois la phase d'épargne (déduction fiscale du PER) et la phase de retraite (flexibilité de retrait de l'assurance vie).
L'immobilier est naturellement compatible avec la finance islamique : on achète un actif réel, on le loue, on perçoit des loyers. Le problème survient quand la SCPI finance ses acquisitions par crédit à intérêt.
Il existe aujourd'hui en France des SCPI structurées pour être conformes : elles n'utilisent pas de levier financier à intérêt, et leurs actifs sous-jacents excluent les secteurs haram (salles de jeux, hôtels avec bar, etc.).
Pour un médecin, les SCPI halal présentent un double intérêt : revenus locatifs réguliers à la retraite + accessibilité (investissement possible à partir de quelques milliers d'euros).
Si vous souhaitez détenir de l'immobilier locatif en direct sans passer par du crédit à intérêt, la Mourabaha est la solution islamique. L'établissement financier achète le bien, vous le revend avec une marge fixe et connue d'avance, vous le remboursez en mensualités sans intérêt.
En France, ce mécanisme reste encore limité dans son accès — peu d'établissements le proposent. Mais il se développe.
Si vous exercez en SELARL, votre société peut investir sa trésorerie excédentaire dans un contrat de capitalisation islamique. Les gains sont imposés à l'IS (impôt sur les sociétés), généralement plus favorable que l'impôt sur le revenu. À la retraite, vous pouvez distribuer ce capital sous forme de dividendes ou de salaire.
C'est l'un des leviers les plus puissants et les moins connus pour les médecins en société.
Il n'existe pas de stratégie universelle. Voici les grandes orientations selon votre profil.
| Profil | Priorité n°1 | Priorité n°2 | Priorité n°3 |
|---|---|---|---|
| Médecin BNC, 35-45 ans Revenus > 150k€/an |
PER halal (déduction immédiate) | Assurance vie islamique (flexibilité) | SCPI halal (revenus locatifs) |
| Médecin SELARL, 40-50 ans | Contrat capitalisation (trésorerie société) | PER halal (rémunération) | Assurance vie islamique (patrimoine perso) |
| Médecin 50-55 ans Retraite dans 10-15 ans |
PER halal (rattrapage fiscal) | Assurance vie islamique (horizon 8 ans) | Arbitrage patrimoine existant |
| Médecin > 55 ans Retraite dans moins de 10 ans |
Audit du patrimoine existant | Stratégie de cession/transmission | Optimisation revenus de retraite |
Pour la plupart des médecins libéraux entre 38 et 52 ans, une répartition de l'épargne retraite en trois tiers est une base solide :
Cette répartition n'est pas dogmatique — elle s'adapte selon votre situation fiscale, votre âge, votre statut (BNC ou SELARL) et vos objectifs de transmission.
En 1 heure, nous analysons vos droits CARMF, calculons votre déficit réel, et construisons une stratégie de complément adaptée à votre statut et à vos valeurs islamiques.
Réserver mon étude patrimoniale offerte →Christophe Barthélemy
Fondateur du Conseil des Praticiens by Lina
Master Gestion de Patrimoine · MBA Finance Islamique · 20 ans d'expérience
Conseil en gestion de patrimoine sans commission — ORIAS n° 20002640
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